
Cet officier reconverti dans les sous-marins de loisir avait décroché un joli contrat dans l’Emirat. Trahi par son partenaire, il a échappé de peu aux geôles locales.
Le gros pépin, Hervé Jaubert s’attendait à le rencontrer un jour. Mais en Afrique, au Liban ou sur l’un des autres points chauds où cet ancien agent de la DGSE a enchaîné les missions pendant quinze ans. Contre toute attente, c’est à Dubaï que notre homme, reconverti en entrepreneur, a connu son aventure la plus rocambolesque.
«J’ai connu l’enfer», confie cet ex-officier de marine, aujourd’hui installé en Floride. Les relations avec son partenaire local ont commencé par se dégrader doucement. Ensuite, cela a viré au roman d’espionnage : harcèlement, interrogatoires policiers musclés, confiscation de son passeport… Jaubert a fini par s’enfuir par la mer à l’été 2008. Une bonne idée car, en juin dernier, la cour criminelle de Dubaï l’a condamné par contumace à cinq ans de prison et à près de 3 millions d’euros d’amende. «Sans la moindre preuve de malversation», se défend le Français, décidé à ne plus jamais mettre les pieds dans l’Emirat.
C’est pourtant plein d’enthousiasme qu’il s’y était installé, il y a cinq ans. Spécialiste de la conception de petits sous-marins touristiques, loués à des hôtels locaux, il avait reçu en 2004 la visite du Sultan Bin Sulayem. Ce puissant patron de Dubaï World, un conglomérat d’Etat en charge des grands projets, lui avait proposé de venir fabriquer sa gamme de submersibles dans l’Emirat. Tope-là !Fruit de ce partenariat, la société Exomos a été créée en 2005.
Dirigeant salarié, Hervé Jaubert n’en était pas actionnaire, mais il bénéficiait d’un intéressement de 20% sur les bénéfices. Lesquels ne sont jamais venus. Après plusieurs prototypes testés avec succès, les premières commandes sont arrivées, mais l’industrialisation a pris du retard. Essentiellement, selon Hervé Jaubert, à cause de l’incompétence d’une grande partie des 250 employés asiatiques, recrutés par la maison mère.
Début 2007, un banquier, croisé dans un cocktail, lui confie que Dubaï World connaît de graves difficultés financières. Inquiétant, d’autant que Jaubert, à cette époque, ne parvient plus à rencontrer Bin Sulayem (qui n’a pas souhaité répondre à Capital). En revanche, des auditeurs locaux débarquent régulièrement pour passer sa comptabilité au tamis. «Ils cherchaient n’importe quoi pour me coincer. Par exemple, ils inventaient des équipements manquants dans l’inventaire.» L’affaire se corse quand le patron français est convoqué par la police. «Ils m’ont accusé d’être un mercenaire et m’ont menacé de tortures avec des aiguilles si je ne signais pas une confession.» Relâché sans son passeport, Jaubert a ensuite été licencié. Mais, au lieu des indemnités prévues par son contrat de cinq ans, il s’est vu réclamer plusieurs millions de dollars. Pour «détournements».
Harcelé par ses associés, il fuit en se déguisant puis en nageant.
Privé de son passeport et menacé de prison, Hervé Jaubert a décidé de quitter Dubaï en bateau. Pour rejoindre celui-ci, il cache sa tenue de nageur de combat sous le voile local.
Coincé, l’ex-officier de marine a alors décidé de prendre le large. Préparant tout minutieusement. Il a acheté un canot pneumatique, s’est fait envoyer son équipement de nageur de combat et a embarqué d’une plage déserte, après avoir saboté une vedette de gardes-côtes. En dehors des eaux territoriales, un ami l’attendait sur un petit voilier. Cap sur Bombay, atteint en huit jours. Et dire qu’il construisait des sous-marins…
Olivier Drouin
[Magazine Capital, septembre 2009]
Pour en savoir plus, le site d’Hervé Jaubert :










































































