SITAmnesty

samedi 15 mars 2008

Pétitions Internet : L’activisme en pantoufles

Filed under: Pétition inutile,Résistance — sitamnesty @ 14:47
Raccourci pour cet article : tinyurl.com/petitions-en-pantoufles

gros plan sur les pantoufles USB spéciales pour activiste en pantouflesArticle Original : Internet Petitions, par Barbara Mikkelson
http://www.snopes.com/inboxer/petition/internet.asp [archive PDF]
Traduction et adaptation : Le Blog du Cochon Hallal
http://grouik-grouik.org/9/2007/11/lactivisme-en-pantoufles.html [archive copie d’écran]

Ce qu’on en dit : signer et faire circuler des pétitions en ligne est un moyen efficace de changer les choses en ce qui concerne les sujets importants.

Ce qu’il en est : TOUT FAUX

Origines : Les années 2000 ont vu naître un nouveau phénomène Internet : la pétition internet, ou e-petition. Ces pétitions offrent le confort d’un exutoire instantané à ceux qui sont scandalisés par les derniers excès du monde. Elles les persuadent qu’ils vont changer le cours des choses simplement en ajoutant leur nom à un cahier de doléances. Funeste erreur, pour de nombreuses raisons.

En effet ces pétitions précisent rarement à qui elles s’adressent et ne sont en réalité rien de plus que des épanchements d’indignation. Crier son indignation c’est bien, mais Vox clamantis in deserto les cris n’avancent à rien s’ils n’atteignent personne en mesure d’intervenir. Une pétition qui ne dit pas clairement à qui elle est destinée peut certes valoir un petit quelque chose en tant que moyen pour ses signataires de donner libre cours à leurs angoisses existentielles, mais elle échoue lamentablement en tant qu’instrument de changement social.

Ceci reste vrai des pétitions qui disent clairement à qui elles s’adressent mais n’expliquent ni comment ni pourquoi leur destinataire est en effet bien en mesure d’intervenir et de changer les choses. Car il ne suffit pas d’adresser une pétition à quelqu’un, il faut que ce quelqu’un soit la bonne personne. Une pétition adressée à la mauvaise personne est aussi utile qu’une adressée aux quatre vents — les voix qu’elle colporte peuvent crier, elles seront sans effet.

Même les pétitions bien ciblées et bien préparées ont leurs problèmes. Au premier chef, qu’est-ce qui vous assure que quelqu’un, à l’autre bout, s’emploie à réunir et à collationner les signatures, et qu’il les fera vraiment parvenir aux destinataires une fois la pétition close ? La simple existence d’une pétition ne garantit pas que quelqu’un en fera quoi que ce soit une fois terminée.

Les pétitions ne sont pas les instruments de changement social que nous aimerions si fort croire qu’elles puissent être. Certes, une pétition accompagnée d’une foultitude de signatures peut impressionner, mais qu’est-elle en réalité ? La preuve tangible de l’existence d’un segment de l’opinion publique. Et ce segment n’influencera que ceux dont l’existence dépend de l’opinion publique — on songe tout suite aux hommes politiques. Les signatures ne sont pas des votes, et elles ne sont pas traitées comme tels par ceux à qui il revient de prendre les décisions difficiles de notre époque. Au mieux, la pétition sera perçue comme l’indication d’une certaine volonté publique, sans plus.

Les pétitions pour un monument à la mémoire des pompiers tombés au feu, ou pour que jeudi prochain soit déclaré jour national des arts du spectacle ont un petit espoir de succès, à la mesure de leur faible portée. Mais c’est une autre histoire quand la revendication se complique (« résolvons le problème des SDF en France ») car il ne suffit pas de désirer ardemment des solutions pour que les problèmes en accouchent par génération spontanée. Quant aux gouvernements étrangers, rares sont ceux qui se sentent obligés à changer les choses chez eux juste parce qu’elles dérangent des gens chez les autres.
Ce qui réduit d’autant les espoirs de réussite de ces pétitions qui dénoncent une situation hors de nos frontières (« Mettons fin au viol des enfants en Afrique du Sud »).

Bien que tout cela soit aussi vrai des pétitions à l’ancienne, couchées sur papier, que des cyber-pétitions modernes, remplies au clavier, ces dernières souffrent d’un handicap supplémentaire. Handicap inhérent à leur nature même, qui en réduit encore l’efficacité.

En effet, écrite à la main, chaque signature d’une pétition sur papier est aussi révélatrice de la réalité du signataire que s’il avait donné son ADN. On peut contrefaire une signature, mais pas des centaines sous peine de voir apparaître des ressemblances qui révèleraient vite la supercherie.

Rien de tel avec la pétition internet. Un seul et même individu peut très bien avoir produit la totalité des signatures car rien, dans chacune, ne différencie son auteur des autres. En outre, il n’est pas besoin d’être grand expert informaticien pour écrire en quelques minutes un programme apte à créer signature sur signature, chacune inventée, chacune composée de l’assemblage aléatoire des éléments requis par le formulaire de la pétition internet, que ce soit nom, prénom, âge, profession, ville, pays, ou toute autre combinaison. C’est même à la portée de tout programmeur avec un minimum d’expérience. Une fois écrit un tel programme il vous suffit d’appuyer sur une touche pour vous retrouver l’heureux propriétaire de milliers et de milliers de « signatures » sans vous être beaucoup fatigué.

La chose est si bien connue des décideurs qu’ils prêtent à peine plus d’attention à une pétition internet qu’à une feuille de papier vierge. C’est pourquoi les pétitions internet même les mieux rédigées, correctement ciblées, amoureusement distribuées, dont les instigateurs ont scrupuleusement vérifié chaque signature, se voient reléguées en fin de compte dans le même tiroir que toutes les autres pétitions moins soigneusement chaperonnées.

Mais alors, si la pétition internet type ne vaut pas même les pixels pour l’afficher… d’où vient cette vogue dont elle jouit ?

Dans notre monde assailli de problèmes complexes dont les solutions requièrent d’énormes quantités de temps, d’argent et d’engagement, la pétition internet procure un soulagement bienvenu car elle simplifie tout. Songez donc, elle vous confère le pouvoir de résoudre ces problèmes !
Et d’un simple clic de votre souris par-dessus le marché !

En voilà l’attrait. Grâce à la pétition internet, le sentiment d’impuissance et d’incapacité à maîtriser les évènements qui se jouent sur une échelle démesurée se trouve remplacé par la certitude qu’un véritable changement va voir le jour sans plus d’effort qu’il n’en faut pour taper quelques lettres sur un clavier, juste assez pour afficher votre nom sur une liste grandissante de cyber-activistes tout aussi engagés que vous. Par la baguette magique de la pétition internet ceux qui se sentaient relégués en touche sont transformés en de puissants agents de changement social. De quoi vous monter à la tête.

Mais ce n’est qu’illusion.
La pétition internet n’est en réalité que le dernier avatar de l’activisme en pantoufles, cette quête de l’auto-satisfaction ultime tirée du sentiment d’être venu au secours de la société sans avoir eu besoin de se salir les mains ni d’investir de son temps ou de son argent.
Ces dernières années ont vu de curieux appels à l’aide. Tantôt il s’agissait d’aider un bambin leucémique à collectionner le plus possible de cartes de visites pour lui permettre de figurer dans le Guinness Book of Records avant de mourir, tantôt c’est un message qu’il fallait diffuser le plus largement possible car une grosse société avait soi-disant promis de verser, à chaque message ainsi relayé, quelques centimes pour soigner un enfant mourant. C’est encore l’activisme en pantoufles qui en a poussé beaucoup à répondre à ces appels, dont on soupçonne sans jamais trop le savoir qu’ils étaient des canulars.

C’est encore et toujours l’activisme en pantoufles qui nous pousse à boycotter telle compagnie pétrolière ou à éviter d’acheter de l’essence un certain jour de la semaine — c’est tellement plus facile que de réduire systématiquement sa consommation personnelle en conduisant moins ou en prenant les transports en commun.
Et éteindre vos lumières et vos appareils ménagers pendant cinq minutes un jour par an est bien le fin du fin de l’activisme en pantoufles.
Cet activisme là se présente sous bien d’autres formes encore mais notre but ici était d’en offrir seulement quelques exemples et non pas d’en établir une liste définitive.
De quelque manière qu’il se manifeste, la caractéristique clef de l’activisme en pantoufles, son thème central, c’est faire de « bonnes actions » qui ne coûtent pas cher en temps, en argent ou en efforts. Aider à collecter des cartes de visite, relayer des messages, boycotter et appeler au boycott, signer des pétitions internet.

Les pétitions internet satisfont ainsi le besoin que nous avons tous de faire le bien et d’atténuer ce sentiment de culpabilité tenace qui nous dit que nous devrions faire quelque chose de concret pour améliorer le monde où nous vivons. En tant que telles les pétitions internet remplissent un rôle d’exutoire — ceux qui « signent » ces messages éprouvent un sens d’accomplissement personnel allié à la sensation réconfortante d’être venus au secours de la société.
Cette « bonne action » donne un double sentiment d’accomplissement. Il y a d’une part la signature — elle sert une cause louable, c’est une bonne action en soi. Il y aussi l’action elle-même de signer — elle sert l’amour-propre du signataire. Voilà pourquoi les pétitions internet c’est sexy. Qu’importe qu’elles n’aient pas le moindre espoir d’aider à réaliser leurs buts déclarés, elles nous donnent une occasion de nous féliciter d’avoir « fait quelque chose » au lieu de continuer à nous sentir coupables de ne rien faire.
Il importe finalement peu qu’elles accomplissent ou pas quelque chose. Nous nous imaginons avoir pris part à quelque chose de louable et nous avons donc une meilleure opinion de nous-mêmes : c’est tout ce qui compte à nos yeux.

Les pétitions internet étant à la mode, plusieurs sites Web sont apparus pour répondre à l’intérêt qu’elles suscitent. L’existence de ces sites ne donne pas plus de crédibilité à l’humble pétition internet qu’elle n’en avait déjà, ni ne lui confère plus de pouvoir à provoquer du changement. L’existence de ces sites (même les mieux conçus et les plus impressionnants) ne change absolument rien aux défauts inhérents des pétitions internet. Quiconque serait tenté de confondre l’apparence de la légitimité avec la légitimité elle-même ferait bien de se souvenir que plus d’un gogo s’est fait gruger des économies de toute une vie par un beau parleur avec un impressionnant papier à en-tête, installé dans un luxueux bureau apparemment bien pourvu en personnel. L’habit ne fait pas le moine.

Nous ne vous donnerons pas d’opinion sur la légitimité de tel ou tel site (c’est-à-dire si les pétitions qu’il abrite sont réellement envoyées à ceux auxquels elles se disent destinées et si toutes les « signatures » données par les visiteurs leur sont vraiment jointes). Posez plutôt ces questions directement aux sites eux-mêmes. Nous préférons attirer l’attention de nos lecteurs sur un autre aspect de la question qu’ils ne prendraient peut-être pas en considération sans cela.

Nombre de ces sites comportent des bannières publicitaires qui sont autant de sources de revenus pour leurs opérateurs. Cela signifie que chaque fois que quelqu’un vient y lire ou y signer une pétition, les propriétaire du site encaissent un revenu. Cela a lieu qu’il s’y trouve ou non une pétition véritable, que les pétitions soient envoyées ou non à leurs destinataires désignés, que les « signatures » soient ou ne soient pas recueillies et jointes aux pétitions, que seules les « signatures » vraiment recueillies soient jointes, et non d’autres fabriquées par les propriétaires du site. Un site de pétition complètement frauduleux rapportera de l’argent à ses propriétaires tout autant qu’un site scrupuleusement honnête car son revenu est fonction du nombre de ses visiteurs, et non pas du nombre de pétitions remplies et effectivement envoyées à leurs destinataires désignés, ni de l’efficacité de ces pétitions.

Certes, nombre de sites (pétitions internet ou autres) comportent des bannières publicitaires. Certes, les revenus tirés de celles-ci sont souvent tout ce qui leur permet de rester ouverts. La présence de publicités ne préjuge rien quant à la qualité ou à l’intégrité du site, mais le fait que ces publicités soient présentes devrait être pris en considération quand on s’interroge : « La raison d’être de ce site est-elle bien celle que j’imaginerai s’il n’y avait pas ces publicités ? »

Quoi que l’on puisse dire d’autre sur les cyber-pétitions (et nous en avons dit beaucoup jusqu’ici), elles servent parfois un but réel et valable : celui d’outils efficaces pour faire connaître aux gens des situations dont ils n’auraient pas ou peu connaissance autrement. Par exemple, dans les jours précédant l’attentat du 11 septembre et la guerre qui s’ensuivit contre les talibans, une cyber-pétition dénonçant la condition des femmes en Afghanistan oeuvra à éclairer beaucoup de gens sur ce qui se passait là-bas. Que sa prémisse (« Si seulement les talibans savaient que ce qu’ils font est mal, ils arrêteraient ») ait été épouvantablement fausse ne change pas le fait qu’elle ait contribué à informer les gens.

Bien sûr, ce même but, louable, serait mieux servi en faisant circuler sur l’Internet des analyses et des articles documentés. Cela au moins n’encourage pas ce climat grandissant d’activisme en pantoufles et d’illusion d’un changement social durable acquis sans effort au prix d’une participation qui ne coûte rien.

Nous encourageons ceux qui veulent jouer les redresseurs de torts à utiliser leur clavier pour composer de véritables lettres à leurs représentants ou à qui il leur semble opportun de contacter sur tel ou tel sujet. Les vraies lettres, celles écrites avec ses mots à soi et envoyées par la poste, reçoivent beaucoup plus d’attention que les circulaires (ne parlons même pas des pétitions). Ceux qui sont résolus à se faire entendre ne devraient pas l’oublier. Oui, l’effort nécessaire est bien plus grand.
Mais c’est justement ce qui fait toute la différence.

Nous vous proposons une alternative à la lettre écrite par vous et envoyée par la poste par vous, c’est la lettre écrite par nous mais envoyée par la poste par vous, tinyurl.com/D95PA9. Ca marche, comme en témoignent les articles de presse tinyurl.com/C44RVR que nous avons obtenus grâce à vos envois.

(A propos des pétitions internet, voir aussi : tinyurl.com/C86GCH)

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6 commentaires »

  1. […] propos des pétitions internet, voir aussi : tinyurl.com/CAPMCM) Commentaires […]

    Ping par Les pétitions sur internet… « SITAmnesty — jeudi 30 avril 2009 @ 16:21

  2. […] “P.” c’est Postale, parce qu’une pétition purement internet ça ne sert à rien, ça n’a aucune influence sur le réel (pour toutes les bonnes et mauvaises raisons exposées en détail dans l’article L’activisme en pantoufles). […]

    Ping par Pétition Oecuménique “P.” pour la suppression de la HALDE « SITAmnesty — mercredi 6 mai 2009 @ 19:14

  3. […] “P.” c’est Postale, parce qu’une pétition purement internet ça ne sert à rien, ça n’a aucune influence sur le réel (pour toutes les bonnes et mauvaises raisons exposées en détail dans l’article L’activisme en pantoufles). […]

    Ping par Pétition Oecuménique “P.” pour la suppression de la HALDE « SITAsecure — jeudi 7 mai 2009 @ 15:38

  4. J’aimerai vraiment ne plus voir de musulmans sur le territoire français, il y en a déjà trop. Est ce un rêve ? [Oui, tant que vous posterez des commentaires au lieu de poster des articles SITA.]

    Commentaire par moi — lundi 14 septembre 2009 @ 21:11


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