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vendredi 2 décembre 2011

La BIBLE en BD Adultes aux éditions TATAMIS – Disponible pour Noël

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La bible en BD Adultes - Jean-Pierre PETIT - Editions TATAMIS - Cliquer pour voir la couverture seule
568 pages, 21 x 29,7 cm, 25€.
Disponible dès le 13 décembre 2011 sur le site de l’éditeur.
Commandez-le pour Noël !
  (attention les commandes passées après le 13 décembre
ne sont pas garanties d’arriver pour Noël)
Sortie le 13 janvier 2012 en librairie.

Pour commander LA BIBLE EN BD :
tatamis.fr/…

Cet album n’est pas « un pastiche de la Bible », composé de manière humoristique. C’est la Bible, dans toute sa crudité. Les « histoires saintes » nous présentent des versions soigneusement édulcorée de ces livres, et on comprend que la Bible ait été mise à l’index, interdite de lecture jusqu’au XIX° siècle Dans ces ouvrages épurés vous trouverez l’histoire de Lot, le seul juste que Dieu ait trouvé à Sodome, qui reçoit de celui-ci l’ordre de quitter la ville, sans se retourner, avec sa femme et ses deux filles. Mais si le lecteur va jusqu’au bout du texte biblique (Genèse 19 :30-38) il découvrira que le bonhomme a assuré sa descendance en couchant tout simplement avec ses deux filles.

Les expressions figurant dans la Bible masquent souvent les faits évoqués. Ainsi, dans la conquête de la Terre Promise, quand Yhawey « dévoue les villes de ce pays par interdit », cela signifie simplement qu’il ordonne aux Hébreux et à leur chef, Josué, d’y tuer hommes, femmes, enfants et bétail.

Le recours au dessin, teinté d’un peu d’humour, permet pour la première fois de rendre cet ouvrage de 4000 pages lisibles, souvent dans toute sa crudité, dans toute son horreur. Ces passages n’ont pas été sélectionnés à dessein, de manière provocatrice. La Bible est un livre violent, sur toute la ligne. Les auteurs ont, sur 550 pages, retenu l’essentiel de son contenu, ce qui a été reconnu par les exégètes consultés.

A travers cet ouvrage nous voyons se construire une vision métaphysique, monothéiste, du monde. Ça n’est que dans les derniers livres de l’Ancien Testament que « le service après-vie » fait son apparition, lequel deviendra un des thèmes centraux du Nouveau Testament où le panorama cosmique se complète par deux nouvelles inventions : l’enfer et le paradis. Enfin, à travers une lecture pointilleuse des Actes et des Epîtres, les auteurs montrent comment Paul détourne le message christique humaniste, pour le rendre acceptable par les pouvoirs en place, qui pourront désormais exercer des tyrannies et perpétrer d’abominables massacres avec la bénédiction de leurs clergés.

Nous vous conseillons d’effectuer cette lecture avec l’album dans une main et la Bible dans l’autre, ce qui vous permettra de vérifier par vous-même que cette présentation colle aux textes.

La bible en BD Adultes - Jean-Pierre PETIT - Editions TATAMIS - Cliquer pour voir la quatrième de couverture seule

Sommaire :

Avertissement au lecteur – Prologue

Ancien Testament
– La Génèse – Le Déluge – La malédiction de Noé – La tour de Babel – Abraham – Loth : de la vertu à l’inceste – Les Arabes – La pureté du sang – Tel père, tel fils – Faux en héritage – Joseph invente la psychanalyse – Spéculation sur le blé – L’exode – La pâque – La Manne – La loi de Moïse – La loi du Talion – Le veau d’or – La conquête de la terre promise – La guerre sainte – Le partage de la Palestine – L’histoire de Jephté – Samson – Bavures – Comment la tribu de Benjamin faillit disparaître – Ruth – Samuel – Saül Roi – Comment se manifestait la volonté du Seigneur – David contre Goliath – Saül traque David – Le double jeu de David – Le suicide de Saül – David apprend la mort de Saül et de Jonathan – David et Bethsabée – David et Absalon – Le Livre des Rois – Le Cantique des Cantiques – L’Ecclésiaste – Le Roi Pacifique – Le retour des hommes de Dieu – L’arche perdue – Elie – La vigne de Naboth – Elisée – Les roitelets – Isaïe – Le livre de Judith – Jonas – La réforme de Josias – Jérémie – Ezéchiel – La première déportation – La diaspora – Job – La bible : un document à plusieurs niveaux de lecture (exemple de Job) – Tobit – Esther – La vie à Babylone – Le sionisme – Daniel – Daniel dans la fosse aux lions – Les juifs et l’Histoire – Le monde ancien – Cyrus le Perse – Le retour – Quand l’auteur parle – Persécutions religieuses – Les premiers martyrs – La révolte des macchabées – L’alliance avec Rome.

Nouveau Testament
– Prologue – Le décor – Où tout commence – Les prophéties – Jean Le Baptiste – Nul n’est prophète en son pays – Les premiers disciples – L’enfer – L’ombre d’Isaïe – La loi – Le jugement dernier – L’Eglise – La Pâque – La dernière Pâque de Jésus – Le procès – Jérusalem – Actes & épîtres – La conversion de Saul-Paul – Stratégie – Les voyages de Paul – La conception de Paul de la vie et de la mort – Bide à Athènes – Tabac à Corinthe – Ennuis à Ephèse – Incident à Troas – De nouveau : des prêtres – De nouveau : un dogme – De nouveau : l’intolérance – Un culte voué aussi à des hommes – De nouveau : la dîme – De nouveau : des temples – Le christianisme à tout prix – Vive l’injustice ! – Quand le chas de l’aiguille s’agrandit – L’Eglise et les femmes – Paul, sauvé de justesse… par les Romains !

Le blog de La Bible en B.D. :

http://labibleenbd.wordpress.com/

Extraits :

La Génèse

Extrait de La bible en BD Adultes - Jean-Pierre PETIT - Editions TATAMIS - La Génèse

Extrait de La bible en BD Adultes - Jean-Pierre PETIT - Editions TATAMIS - La Génèse

Extrait de La bible en BD Adultes - Jean-Pierre PETIT - Editions TATAMIS - La Génèse

L’histoire de Loth

Extrait de La bible en BD Adultes - Jean-Pierre PETIT - Editions TATAMIS - L'histoire de Loth

Extrait de La bible en BD Adultes - Jean-Pierre PETIT - Editions TATAMIS - L'histoire de Loth

Extrait de La bible en BD Adultes - Jean-Pierre PETIT - Editions TATAMIS - L'histoire de Loth

L’histoire de Jephté

Extrait de La bible en BD Adultes - Jean-Pierre PETIT - Editions TATAMIS - L'histoire de Jephté

Extrait de La bible en BD Adultes - Jean-Pierre PETIT - Editions TATAMIS - L'histoire de Jephté

Dialogue entre l'auteur, Jean-Pierre PETIT et l'abbé Guillaume de Tanoüarn
Dialogue entre l’auteur Jean-Pierre PETIT et l’abbé Guillaume de Tanoüarn
(Option : Audio seulement)

Interview de Jean-Pierre Petit sur sa Bible en BD non censurée

L’ancien directeur de recherche au CNRS Jean-Pierre Petit a de très nombreux talents, parmi lesquels on trouve le dessin et l’intérêt pour les grands textes. La rencontre entre la Bible et Jean-Pierre Petit n’est pas restée stérile, puisqu’elle a accouché d’un ouvrage épais (568 pages), bourré d’humour et de citations directes, qui permet à chacun de (re)découvrir le livre le plus vendu (40 millions d’exemplaires chaque année) et le plus influent de l’histoire de l’humanité. Outre les mythes que chacun connaît, la Génèse, Noé, David et Goliath, etc., le lecteur y découvrira des histoires moins mises en avant (et même censurées dans d’autres Bibles en BD) par les religieux et les croyants, dont beaucoup les ignorent même complètement. Interview exclusive pour cette première mondiale qui va faire du bruit, des versions étrangères étant déjà prévues.

Enquête&Débat : Jean-Pierre Petit, qu’est-ce qui vous a amené à faire cet énorme travail sur le Bible, sur cet ensemble de l’Ancien et du Nouveau Testament, en choisissant d’utiliser la BD pour présenter le résultat de cette étude, extrêmement fouillée ? Est-ce que parce que votre père s’appelait Lévy, fait que vous n’avez connu que bien après la guerre, quand vous étiez adolescent ?

JPP : Ça n’a pas été ma motivation essentielle. Il est exact que ma famille m’avait caché mon véritable patronyme, pendant la guerre pour des raisons de sécurité évidentes.

E & D : Mais, comment avez-vous pu évoluer sous le nom de votre mère jusqu’à votre adolescence ? Il y a quand même des moments, dans l’existence, où on est l’objet de contrôles d’identité ?

JPP : Je suis rentré au Lycée Carnot à l’âge de 8 ans, dans des « petites classes », et cette inscription a pu se faire sans que ma mère ne produise d’extrait de naissance. Puis, comme j’ai fait toute ma scolarité dans cet établissement, le problème ne s’est pas posé. Une année il y a eu un recensement. Tous mes camarades de classe ont reçu une convocation. Pas moi. Un prof m’a dit « vous êtes ce qu’on appelle un omis. Vous avez intérêt à régulariser, sinon l’armée va vous appeler pour faire votre service militaire quand vous aurez 25 ou 30 ans ». Pour cela, allez à votre mairie de naissance et demandez un extrait ». Je suis donc allé à la mairie de Choisy le Roi et j’ai demandé un extrait de naissance, pour un certain Jean-Pierre Petit, qui aurait été inscrit sur les registres le 5 avril 1937 »

E & D : Et alors ?

JPP : Le 5 avril, rien. On change de mois, d’années. L’après midi y passe, et l’employé finit par me dire « vous êtes sûr que c’est la bonne mairie ? ». Je reviens chez ma mère, hilare, en lui disant « j’ai une nouvelle étonnante : je n’existe pas ».

E & D : Et c’est là qu’elle vous a révélé le nom de votre père : Lévy.

JPP : Je me suis dit « bon, ma famille paternelle, espagnole, est juive. Partons en exploration ». Je me suis donc rendu en Espagne, m’attendant à trouver des chandeliers à sept branches, la Torah, etc. Et là, surprise, je tombe sur des catholiques, qu’on qualifierait aujourd’hui d’intégristes. J’avais un oncle, décédé aujourd’hui, qui servait la messe tous les dimanche.

E & D : C’est-à-dire que les membres de votre famille paternelle étaient des marannes, donc des descendants de Juifs qui, sommés au XV° siècle, par la terrible Isabelle la Catholique de faire un choix, sous peine de finir au bûcher, avaient à cette époque choisi la conversion.

JPP : Tout à fait. En Espagne, tomber sur des Lévy, des Cohen, de David qui forment des familles catholiques pratiquantes, depuis des siècles, où sont même prêtres, voire évêques, c’est chose courante. En France, tomber sur un Lévy qui a été enfant de chœur quand il était gosse, ça fait bizarre.

E & D : Et alors, question identité ?

JPP : Quand j’ai passé les concours des Grandes Ecoles, j’ai dû figurer sous le nom de Lévy, et c’est sous ce nom que j’ai intégré Supaéro. Dans les Grandes Ecoles, les Juifs sont toujours en fort pourcentage. C’est la même chose dans le monde des sciences. Une de mes amis m’avait dit un jour « on a tous un peu de sang juif, sinon on n’aurait pas fait d’études ».

E & D : Comment expliquez-vous cette forte proportion ?

JPP : Primo, les Juifs sont « le peuple du Livre ». Pour être admis dans la communauté il faut être capable, à une dizaine ou douzaine d’années de lire un passage de la torah à voix haute, dans la synagogue du quartier. Donc un Juif pratiquant ne peut pas être analphabète. Il y a ensuite une tradition d’excellence, pour faire sa place dans les pays où on réside. Enfin, c’est mon interprétation. Ceci étant, avec un nom pareil, dans cette école, j’étais Juif, point. Je me suis donc trouvé confronté à deux phénomènes. D’un côté je découvrais, en particulier au sein de l’autorité militaire qui gérait l’école, le parfum pestilentiel de l’antisémitisme. D’autre part, des Juifs de ma promotion me demandaient « pourquoi je ne venais pas aux cours d’hébreu ». Je leur répondais « vous m’emmerdez, j’ai été enfant de chœur quand j’étais gamin ! »

E & D : Une situation peu banale.

JPP : J’avais grandi dans une famille assez étouffante. Feu mon beau-père, un fin de race ruiné qui portait chevalière et particule « votait pour le parti le plus à droite qui ait des chances de passer ». La famille maternelle était catholique intégriste, style « Monseigneur Lefèbvre ». Ma mère m’avait un jour dit « qu’elle aurait été heureuse que je devienne prêtre ». Et voilà que dans l’Ecole où j’avais intégré je découvrais le sectarisme et le sionisme. J’ai éprouvé le besoin de sortir de tout cela. Je suis allé au Conseil d’Etat en demandant … à m’appeler Dupont, ou Durand, pour qu’on me fiche enfin la paix. Le fonctionnaire a ri et m’a dit « vous avez porté le nom de votre mère pendant 20 ans. Il n’y a qu’à régulariser cela », ce qui été faut en l’espace d’une année.

E & D : Et c’est comme ça qu’après avoir été Jean-Pierre Lévy, issu d’une famille catholique bigote, vous êtes devenu Jean-Pierre Petit, athée.

JPP : Mais cette histoire a eu un retour qui mérite d’être conté. A l’automne 1961, après avoir fini Supaéro, j’avais obtenu une bourse pour aller faire un master dans l’université de Princeton. J’ai donc atterri là-bas ; mais je n’y suis pas resté longtemps. Primo, c’était à l’époque une des très rares universités à n’être pas mixte. On aurait dit un monastère, et je n’étais pas précisément à l’âge où on a envie d’être moine. Ensuite, il y a des choses des États-Unis de l’époque avec lesquelles je n’ai pas accroché. Je me souviens par exemple que j’avais un voisin de chambre qui était noir et qui faisait une thèse sur le plain chant médiéval. Un jour des jeunes étudiants m’invitent dans une « party ». Je m’y rends en amenant mon voisin, et à la porte j’entends un petit Texan me dire « désolé, ici, on n’accepte pas le nègres ! ». Le lendemain, j’ai vendu ma règle à calcul et j’ai fichu le camp à New York, sans un sou.

E & D : Quel rapport avec ce nom de Lévy ?

JPP : Entre le moment où j’avais eu cette identité de Lévy et celui où s’était opéré mon changement de nom, je m’étais fait faire un passeport, que j’avais conservé. Et c’est avec celui-ci que j’ai trouvé du travail au sein de la communauté juive de Brooklyn.

E & D : Du coup, vous vous êtes retrouvé immergé chez de vrais Juifs.

JPP : Et avec un nom pareil, personne ne se serait posé l’ombre d’une question. J’ai découvert le sectarisme, le communautarisme des Juifs new-yorkais. J’ai découvert le mot « goy » (celui qui est non-juif). Disons que ça faisait le pendant avec l’antisémitisme rampant que j’avais trouvé dans ma famille. Cette expérience m’a rendu simplement allergique, à vie, à toute espèce de sectarisme. Bien des années ont passé.

E & D : Sans que vous ne soyez tenaillé par des problèmes de croyances religieuses ?

JPP : Sur ce plan, dans mon milieu familial, j’avais eu ma dose. Un jour j’assiste à la télévision à un débat houleux entre religieux, à Jérusalem, et je vois tous les participants quitter le plateau en disant « tout est dans Le Livre !». Je me suis dit « de quel livre parlent-ils ? ».

E & D : C’était la Bible.

JPP : Que je n’avais jamais lue, comme des tas de gens, y compris des Catholiques, des Protestants ou des Juifs. J’ai donc acheté une Bible, que j’ai lue en prenant des notes.

E & D : Et « prendre des notes », pour vous, c’est commencer une BD.

JPP : Au début j’ai trouvé cela simplement amusant. Je faisais cela à la terrasse des cafés d’Aix. J’ai inventé des gags. J’ai imaginé Noé, sommé par Yahwey de sauver un couple de chaque espèce animale, qui se retrouve perplexe devant les escargots, qui sont hermaphrodites. Du haut du ciel, Yahwey tonne alors « imbécile, prends en deux au hasard et ne m’emmerde pas avec ces détails ! ». J’avais donc fait une première lecture en diagonale, en piquant ici et là des bouts d’histoires de ce genre qui pouvaient être matière à gags. Mais, chemin faisant, j’ai réalisé dans quoi j’avais mis les pieds. La Bible, c’est quand même un support culturel et métaphysique de plusieurs religions, qui a conduit le destin et le comportement de dizaines de milliards d’êtres humains sur la planète, et qui continue de le faire. Au Moyen Orient les Hébreux n’en finissent pas de régler leurs comptes avec « Amalec », tribu bédouine qui, s’étant opposée à Moïse après la sortie d’Egypte, s’est trouvée maudite « d’âge en âge ».

E & D : Donc cette BD, distrayante et drôle, est beaucoup devenue beaucoup plus qu’un divertissement ?

JPP : Au début j’avais donné pour titre « La Folle Histoire de Dieu ». Car c’est la lente genèse d’une conception métaphysique, monothéiste. Lorsque Abraham a soudain l’intuition écrasante qu’il n’existe qu’un seul dieu, qu’il qualifie « d’abstrait » (non représentable), il vit dans un monde où les dieux sont dans les idoles qui les représentent. Ils ont leurs fonctionnalités. L’un fait pleuvoir. L’autre rend les femmes fécondes, etc. Il y a les dieux, et aussi les démons. Et tout ce petit monde se chamaille dans l’au-delà, avec des répercussions dans l’ici-bas. Mais soudain Abraham est convaincu de l’existence d’un dieu unique, autoritaire, qui tient à son unicité. En parallèle ce dieu, Yhawey, se choisit un peuple, qui représente la descendance d’Abraham. Et il montre, de loin, à celui-ci, une terre « où coulent le lait et le ciel », la « terre promise », qu’il donnera à sa descendance. A partir de ce jour, l’histoire est écrite.

E & D : Une histoire dont on possède des preuves, sur le plan archéologique ?

JPP : Je n’ai pas abordé mon étude sous cet angle. J’ai visé une analyse de contenu. Je n’ai pas cherché à savoir si Moïse, ou le Christ, avaient réellement existé. J’ai pris une masse de textes, en poids, et je me suis intéressé « à ce que cela disait ».

E & D : Au passage vous avez découvert le livre de toutes les violences.

JPP : Oui, ce texte est hard. On s’y entretue à longueur de pages. Abraham a deux fils, Jacob, fils de la Juive Sarah, et Ismaël, conçu avec une servante, une esclave nommée Hagar. Très vite, Abraham doit faire un choix et éjecte Hagar et son fils, avec une cruche d’eau et une miche de main. Ceux-ci ne survivront dans le désert que grâce au bon vouloir de Yahwey, dixit le texte. Ismaël sera le patriarche d’où émergeront toutes les tribus arabes. Et la Bible dit « ça sera un âne sauvage que cet homme. Sa main sera contre tous et la main de tous sera contre lui ».

E & D : C’est pratiquement une malédiction, formulée sous la forme de cette prophétie.

JPP : Il est bien dommage que le risque encouru m’empêche de réaliser le même traitement pour le Coran et les textes associés. Pour ceux qui les connaissent, la tradition musulmane a opéré, au VII° siècle, une relecture complète de cette histoire biblique, et une réécriture complète des textes, Mahomet ayant reçu l’aide de l’archange Gabriel, Abraham devient « Ibrahim ». Il y a redistribution des rôles. Les mauvais deviennent les bons, et vice versa.

E & D : Si je comprends bien, vous avez trouvé dans cette lecture de la Bible la clé de problèmes très actuels.

JPP : Tout à fait. Comment voulez-vous que des peuples s’entendent, quand par exemple, dans la tradition Juive, la fête du Pourim, qui se situe chaque année en février célèbre un massacre ? Les enfants juifs participent activement et joyeusement à cette fête, animée par toutes sortes de traditions culinaires et ludiques. Ainsi les gosses font du bruit avec des crécelles, pour couvrir les propos du « vilain Haman », l’Arabe, qui sera pendu, de même que ses fils, ainsi que 18.000 membres de sa tribu, dans « tout le royaume ». La fête du Pourim, c’est le carnaval, le grand happening, les réjouissances enfantines.

E & D : Tout cela part du livre d’Esther, je crois ?

JPP : Il faut lire cette partie, pour découvrir les faits qui ont donné lieu à la perpétuation de cet anniversaire « d’âge en âge ». C’est un peu comme si les Catholiques célébraient chaque année la Saint Barthélémy.

E & D : Mais revenons à la trame générale de cette bande dessinée. Vous nous dites « c’est la folle Histoire de Dieu ».

JPP : Dans le prologue, je situe l’histoire biblique dans le contexte de l’époque. La Bible n’invente pas la « Guerre Sainte ». A l’époque il n’y a « que des guerres saintes », au sens où les actes guerriers et l’expression de la volonté de dieux, ou d’un dieu, se confondent totalement. Dans un monde où les déités partagent la vie des hommes au quotidien personne ne songerait une seule seconde à identifier ces manifestations comme des phénomènes naturels. Les sécheresses sont des punitions divines. Les séismes sont l’expression de colères divines. Les arcs-en-ciel sont « des ponts entre le ciel et la Terre ». Pour apaiser les dieux, on pratique partout des sacrifices humains.

E & D : Je pense à une anecdote de l’histoire Grecque, où les ressortissants de deux villes ennemies s’apprêtaient à en venir aux mains. Soudain une éclipse de Soleil se produit. Or le Soleil, c’est le dieu Apollon. Du coup les deux armées se débinent, paniquées.

JPP : Les Hébreux utilisent de nombreuses fois les phénomènes météorologiques à leur profit, en clamant à l’adresse de leurs ennemis que leur dieu les appuie. Et ça porte.

E & D : Au fil d’une foule d’anecdotes, on découvre la pensée de l’époque. Yahwey est un dieu terrible, qui réclame une obéissance absolue. Un thème récurrent est le mode de transmission de la volonté divine : dans les rêves. Dans toute l’histoire Biblique, le prophète joue un rôle essentiel : « cette nuit, dieu m’a parlé ».

JPP : Après la sortie d’Égypte, le grand inspiré qu’est Moïse monte sur l’Horeb, le Mont Sinaï, pour recevoir les premiers éléments de la Loi Divine : les fameuses tables. Lui seul peut monter là-haut, car les Hébreux qui l’accompagnent craignent les manifestation météorologiques locales. Là, nait la force du verbe et plus tard de l’écrit. Le verbe, c’est la Loi, thème repris plus tard par les Musulmans. Comme ceux-ci, les Hébreux sont « soumis à dieu ». Celui-ci leur ordonne, par la voie de Moïse, de faire le ménage en Terre Promise. Il voue les populations locales à l’anathème. Dans la Bible on lira que ces peuples, nombreux, sont « dévoués par interdit ». Une expression obscure, qui signifie simplement que les Hébreux, de par la volonté divine, doivent tuer les hommes, les femmes, les animaux des cités dont ils s’emparent, dans « ce pays de Canaan ».

E & D : La conquête de la Terre Promise est un génocide en bonne et due forme ?

JPP : Absolument. Dans ce drame qui se jouera sur des siècles, il y a différents acteurs. Il y a le prophète, qui reçoit l’ordre de Dieu dans un rêve. Puis il y a le chef militaire, qui l’exécute, et enfin le peuple, qui doit suivre sans discuter. Ces chefs sont Josué, et plus tard des rois comme Saül et David.

E & D : Il y a un passage, où le prophète Samuel envoie Saül exterminer une tribu bédouine. Victorieux, il ramène avec lui du bétail et le roi bédouin, Agag, qu’il a fait prisonnier. Samuel entre en rage. Saül avait pourtant pour consigne de ne pas épargner qui que ce soit. Et, sortant l’épée de Saül du fourreau que celui-ci porte à la ceinture, il tue lui-même ce roi Amalécite. Et vous lui faites dire « ça n’est pas possible. Il faut tout faire soi-même ! »

JPP : C’est la petite pincée d’humour, au passage. Mais l’ensemble de histoire reste très hard.

E & D : Avec des moments complètement désopilants. Je pense au passage où Saül poursuit David, devenu son gendre. Craignant pour son trône, il cherche à le tuer. A un moment il s’éloigne de ses troupes « pour entrer dans une grotte et s’accroupir ». C’est-à-dire qu’il va satisfaire un besoin naturel. Mais David est caché dans la grotte, et pendant que l’autre se soulage, il lui coupe un pan de son manteau. Puis, quand Saül s’en retourne vers les siens, il le lui montre, de loin, en lui criant : « vois, je ne te veux pas de mal. Si j’avais voulu, j’aurais pu te tuer ».

JPP : Ces anecdotes rocambolesques sont très nombreuses dans l’Ancien Testament, et totalement inconnue du public. Dans ce soukh immense, on trouve de tout, y compris le célèbre poème érotique « du Cantique des Cantiques ».

E & D : Et grâce à l’image, vous animez ces pans de l’histoire sous nos yeux.

JPP : Avant cette BD, que trouvions-nous dans cette « vulgarisation religieuse » que sont les « histoires saintes » ? Des éléments soigneusement sélectionnés, édulcorés. Les présentations cinématographiques d’Hollywood, comme Les Dix Commandements, procèdent d’une semblable distorsion. Rappelez-vous comment Moïse, alias Charlton Heston prend parti pour les Hébreux, dans le film de Cécil B de Mille. Élevé à l’égyptienne, il assiste à des travaux où les Hébreux doivent tirer une lourde pierre. Soudain l’écharpe d’une pauvre vieille femme se prend sous le bloc, glissant sous l’argile. Elle va être écrasée. Charlton Heston demande à ce qu’on stoppe les travaux, mais le contremaître égyptien, implacable, lui répond « on ne peut arrêter un bloc ».

E & D : Et ça, c’est dans la Bible ?

JPP : Pas du tout ! C’est la réécriture de monsieur Cécil B de Mille. Moi j’ai retranscris les faits allégués fidèlement, et c’est beaucoup moins brillant et humain.

E & D : Ce que vous voulez dire c’est que dans votre bande dessinée, tous les faits présentés sont une transcription imagée fidèle du texte ?

JPP : Oui et, très vite, je me suis mis à reproduire, dans les « bulles », les phrases, assorties des références. Il y a pratiquement 50 % des textes qui sont des extraits bibliques. Et ce que je conseille à mes lecteurs, c’est d’acheter une bible et d’effectuer les lectures en parallèle.

E & D : Il serait impossible de vous prendre en défaut ?

JPP : J’ai soumis mon manuscrit à des moines d’une congrégation religieuse de ma région. L’un d’eux était un exégète renommé, un spécialiste de la Bible. J’avais fait plusieurs photocopies, qu’ils ont gardées trois mois. Quand nous nous sommes revus, il y a eu un débriefing, au monastère, où j’ai été invité à déjeuner.

E & D : Et quelles ont été les réactions ?

JPP : Un vieux moine a trouvé incroyable qu’un laïc se soit tapé un tel travail. D’autres, plus jeunes, ont dit qu’ils avaient appris des tas de choses qu’ils ignoraient. Ils n’ont trouvé aucun passage où j’ai altéré le récit. La seule remarque qui m’a été faite concerne le nombre des combattants. Très fréquemment, on trouve dans la Bible des chiffres astronomiques, avec des dizaines de milliers de morts et des centaines de milliers de combattants. D’après les moines, ces chiffres devraient être divisées par dix, cent mille signifiant « beaucoup ».

E & D : Vous avez donc réduit ces chiffres.

JPP : Non, mais j’ai mentionné leur remarque en note de bas de page.

E & D : Avec cette BD-fleuve de 568 pages c’est la première fois que l’on peut lire l’ensemble de la Bible, Ancien et Nouveau Testament compris.

JPP : Il y a une exception. Je n’ai pas su me débrouiller, je l’avoue, avec l’Apocalypse de Jean. Mais quant au reste, tous les éléments importants y sont.

E & D : Au fil de cette histoire, la vision métaphysique évolue.

JPP : C’est ça qui est passionnant, et je ne manque pas de le souligner. Au début de l’Ancien Testament, l’existence après la mort n’existe simplement pas. On n’en fait pas mention. Il n’y a pas de « devenir post mortem ».

E & D : Ce que vous appelez le « service après vie ».

JPP : Dans l’Ancien Testament, ce concept n’apparaît que très tardivement, dans le livre de Daniel.

E & D : Mais, comment peut-on concevoir une structure sociale théocratique, sans récompense ou punition post mortem, sans karma ?

JPP : C’est une excellente question, et je me la suis moi-même posée. La réponse, dans l’Ancien Testament, est que la punition s’exerce sur la descendance. Un homme qui a failli, fera que toute sa descendance portera le prix de son péché. Et tout cela va très loin. Dans l’histoire de Jephté ce chef de guerre Hébreu qui part en campagne promet, s’il revient victorieux, de sacrifier à son dieu le premier être qui viendra à sa rencontre.

E & D : Et cet être, c’est sa propre fille, qui vient à sa rencontre en dansant !

JPP : Jephté, pour être fidèle à la promesse « qu’il a faite devant le Seigneur » exécutera son enfant de ses propres mains.

E & D : On peut penser que plutôt que de faire cela, il pourrait … se suicider ?

JPP : Non, car s’il le faisait, la punition serait pire encore. C’est toute sa descendance qui porterait le poids de son parjure. L’Ancien Testament résonne sans cesse de malédictions diverses. Des hommes sont maudits, des villes sont maudites. Parfois ce sont des peuples entiers. Et cela démarre très tôt. Quand Noé sort de son arche et s’installe avec sa tribu, il a trois fils : Sem, Japhet et Cham. Il prend une cuite sévère et, pendant qu’il cuve son vin dans sa tente, Cham rentre et le voit nu. Il raconte cela à ses frères, qui pénètrent dans la tente à reculons avec un manteau, avec lequel ils couvrent la nudité de leur père. Ayant retrouvé ses esprits, Noé décrète que Cham, pour avoir contemplé sa nudité, sera condamné, d’âge en âge, à être l’esclave de ses deux frères.

E & D : Une justification de l’esclavage.

JPP : La richesse mythique de la Bible est extraordinaire. Ce livre, ces livres, ont façonné tout un éventail de cultures, d’histoires. Pendant des centaines de pages, l’histoire s’écrit sans que le service après-vie ne se mette en place. Elle est rythmée par des guerres incessantes avec le voisinage. Puis il y a l’épisode du roi Salomon. Dès qu’il prend ses fonctions, le Grand Prêtre vient le trouver et lui dit « Dieu m’a parlé, et m’a dit que ….. ». Et là, au lieu d’être subjugué par les propos du chef religieux, Salomon lui rétorque « Eh bien, moi aussi, il m’a parlé, et il m’a dit que … ». Exit le pouvoir de la caste religieuse sur le roi. Salomon prend ensuite des mesures drastiques. Il viole les lois de Moïse en épousant les filles de tous les rois des environs, à commencer par la fille du … pharaon. Jérusalem se peuple de temples divers et variés. On y trouve des idoles à tous les coins de rue. Le culte hébraïque traditionnel se trouve mêlé à toutes sortes de cultes à la déesse Astarté, au dieu Baal, etc.

E & D : J’ai vu qu’il pratiquait aussi un redécoupage territorial complet.

JPP : Comme, plus tard, dans nos circonscriptions électorales. Ce faisant, il désorganise complètement les appartenances tribales. Fin diplomate, il noue des relations avec tous les royaumes des environs, et devient très copain avec le roi de Tyr, Hiram, qui est au Liban. Son charme légendaire lui permet d’entrer dans les bonnes grâces de tout le monde, homme ou femme. Il reçoit la reine de Saba, qui lui offre un monceau d’or, lors de sa visite. Salomon est aussi un savant. Pendant les 40 années de son règne, aucune guerre, rien. Même pas un incident de frontière. Mais, pas bête, il entretient une armée « moderne », avec une cavalerie, une flotte.

E & D : La dissuasion, déjà.

JPP : Dieu n’est pas négligé. Salomon donne à Yahwey une demeure fastueuse. Mais il pratique une « séparation de l’Eglise et de l’Etat » des plus strictes. Aucun prophète ne s’avisera, durant le règne de Salomon, de critiquer les innombrables entorses à la loi de Moïse. Sur la fin de sa vie, sentant la mort le tirer par les pieds, Salomon écrit alors un texte d’un pessimisme hallucinant : l’Ecclésiaste. Du moins c’est à lui qu’on attribue ce texte. Lui qui a tout réussi dans sa vie se dit qu’il va devenir, comme les autres, « de la poussière » et que « la mort de l’être humain n’est pas différente de celle d’un animal, puisque comme pour lui, son souffle vital s’en va ».

E & D : En clair, l’âme, ce qui pourrait survivre après le décès d’un être humain, n’existe tout simplement pas.

JPP : Ce concept n’a pas encore été inventé. Ce règne de Salomon marque l’apogée de l’histoire des Hébreux. Ce roi est doté d’une personnalité si forte qu’on verrait mal qui pourrait lui succéder. De son vivant, il ne met rien en place qui pourrait permettre à son œuvre de se poursuivre. Alors, ça sera très vite le chaos, la scission entre un Israël nord et un Israël sud (appelé Juda). L’histoire décrit les turbulences qui ont suivi. Puis la mise sous le joug d’Israël par Nabuchodonosor, le Babylonien.

E & D : J’ai vu que vous lui aviez donné les traits de Saddam Hussein…

JPP : De même que, plus loin, je donnerai à Cyrus ceux de de Gaulle….

E & D : Rien ne manque, dans les 568 pages de votre récit.

JPP : Les Hébreux croient pouvoir s’opposer au géant babylonien de l’époque. Mais Nabuchdonosor, se faisant amener Yoakin, le roi d’Israël qui, en refusant de payer tribut, a donné le signe du déclenchement des hostilités. Il lui dit « je vais faire égorger devant toi tous tes fils. Et c’est la dernière chose que tes yeux verront. Car après, tes yeux, je les crèverai ». les Hébreux sont déportés, 70 années durant, à Babylone. Puis ils sont libérés par Cyrus, le Perse. L’unité religieuse a été maintenue à cause des écrits, de la précieuse Torah, qui devient « le dieu portable ».

E & D : Vous écrivez que les Hébreux inventent le dieu soft, le livre.

JPP : C’est ce qui permettra, dans les siècles suivants, à l’histoire juive de conserver son unité, sans temple, sans lieu saint, simplement grâce à ses synagogues où on procède à la lecture rituelle de la Torah. Étymologiquement, synagogue signifie « qui conduit ensemble ». « Syn » : ensemble, « gogue » : mener.

E & D : Mais viendront les invasions successives, d’abord des Grecs, puis des Romains. Ceux-ci veulent forcer les Hébreux à s’assimiler, en leur faisant manger du porc, en les contraignant à sacrifier à Zeus, puis à Jupiter. D’où des révoltes juives successives, à chaque fois écrasées par l’Empire du moment.

JPP : Et c’est là que les Juifs découvrent que Yahwey « ne leur livre pas toujours leur ennemi entre leurs mains » (c’est l’expression consacrée). Quand on est à l’aube de l’histoire christique, les Juifs espèrent la venue d’un Messie, d’un roi des juifs, qui les délivrera de la férule romaine. Du moins certains, comme les Zélotes, ont cette croyance.

E & D : Vous poursuivez votre récit par la vie de Jésus de Nazareth. Croyez-vous qu’il ait réellement existé ?

JPP : Je ne mène jamais mon analyse sous cet angle. En effet, on ne retrouve qu’une seule et brève mention de l’existence de Jésus sous la plume d’un historien de l’époque, Flavius Josèphe, et c’est tout. Je me contente de voir « ce que ces textes nous disent ». Je ne représente pas, par exemple, les miracles allégués, en les faisant apparaître dans la trame de l’histoire. Je les présente sous forme de récits, formulés par des témoins de première ou de seconde main.

E & D : Et qu’est-ce qui a émergé de ce « traitement » du Nouveau Testament, sous votre plume et votre crayon ?

JPP : L’histoire de dieu se poursuit. Jésus est Juif, circoncis. On sait que dans cette histoire il y a un « trou de deux décennies », après la fuite en Egypte, quand Marie et Joseph, « avertis par un envoyé de dieu », échappent au massacre des enfants de Bethléem, décrété par le féroce Hérode. Si Jésus a existé, on ne sait pas ce qu’il a fichu pendant ces vingt années, ni où il était. C’est à trente ans qu’il fait son retour. Jean-Baptiste, qui a exactement son âge, a inventé un rituel de purification à l’eau, le baptême. Dans l’Ancien Testament, le fait de verser quelque chose sur la tête de quelqu’un était un geste très fort. En versant sur la tête du futur roi de l’huile sainte, il en faisait « l’oint du Seigneur ».

E & D : Baptiste a inventé l’onction à l’eau. Il démocratise l’onction.

JPP : Et, fait important, cette « consécration » n’est plus l’apanage d’un roi. Les plus pauvres, les plus déshérités peuvent ainsi voir s’allumer en eux une étincelle divine. Plus encore : ceci s’étend au non-Juifs et Jean le Baptiste interpelle les Pharisiens, garants de l’orthodoxie et défenseurs de la pureté du sang, en les traitant de tous les noms en public, ce que fera également le Christ par la suite.

E & D : Jésus est Juif. Comment sa pensée se conjugue-t-elle avec cette orthodoxie Juive ?

JPP : Il connaît les textes par cœur et les cite sans arrêt. Sur ce plan, il est incollable. Mais en fait, si on examine les textes du prophète Isaïe, qui prophétise avant l’effondrement, face à l’envahisseur babylonien, on découvre, mot pour mot, tous les éléments de la pensée christique. Il n’y a donc aucune contradiction entre l’Ancien et le Nouveau Testament, si on crée le lien grâce à ces textes. Mais, au retour de Babylone, les Juifs retrouvent, cachés dans les murs des ruines du temple de Jérusalem, des rouleaux de la Torah, dont le Lévitique, qui fixe les règles de vie. Il y a alors une réémergence brutale d’une orthodoxie pure et dure. Les Juifs doivent répudier leurs épouses non-juives, ainsi que la descendance qu’elles ont engendrée. Pendant cette seconde déportation, le culte juif a été perpétué par des « locaux », les Samaritains (habitant la province de Samarie) qui proposent de filer un coup de main pour reconstruire le temple. Mais, n’étant pas du même sang, bien que vivant selon la règles hébraïques, ils seront rejetés.

E & D : Il faut croire que les rouleaux des textes d’Isaïe, l’oecuméniste, ne faisaient pas partie de ce qui avait été retrouvé.

JPP : Par contre, ce sont ces rouleaux-là qu’on a retrouvé dans les grottes de la Mer Morte, cachés par des religieux Juifs, les Esséniens.

E & D : Jésus est le premier communiste de l’histoire. Il incite à la sobriété. Quand il désigne un lys, il dit « voyez ces lys, ils ne filent ni ne tissent. Mais croyez-moi, au temps de sa splendeur, jamais Salomon n’a été aussi richement vêtu ».

JPP : Son message se centre sur l’après-vie, une idée qu’il a beaucoup de mal à faire passer (bien qu’elle a été brièvement évoquée dans un texte du prophète Daniel). Le Pharisien qui lui rend visite, lui dit « comment un homme pourrait-il naître de nouveau, s’il ne retourne pas dans le ventre de sa mère ? ». Avec cela arrive le concept de l’esprit, comparé au vent « dont on ne sait d’où il vient et où il va ». Pendant trois ans, il subjugue les foules, déconcerte les Juifs en partageant la table des collecteurs d’impôts, supplétifs des Romains pour l’exploitation du pays. Il accueille Marie Madeleine, la prostituée, l’impure, en contraignant Simon, chez qui il est en train de dîner, de lui ouvrir sa porte. Il guérit le serviteur d’un centurion romain, déclarant au passage qu’il na pas trouvé de foi aussi vive que chez cet homme-là. Il dit « qu’il n’est pas venu pour les bien portant, mais pour les malades ».

E & D : Et, finalement, à l’occasion de la Pâque juive, qui est la grande fête du pays, et à l’occasion de laquelle les Juifs convergent à Jérusalem, il se rend au temple.

JPP : Et là il invective les dignitaires de la théocratie juive avec des propos très durs. Il les compare à des sépulcres « blancs au dehors, mais à l’intérieur pleins d’immondices ». Il renverse les étals des changeurs qui se trouvent « sur le parvis des gentils », c’est-à-dire là où des goys, des non-juifs, peuvent avoir accès. Au centre de cette immense esplanade, de 440 mètres de long sur 110 de large, Hérode le Grand, qui a fait allégeance aux Romains, a fait bâtir un sanctuaire, interdit aux non-juifs sous peine de mort.

E & D : Les Mur des Lamentations est ce qui subsiste des murs d’enceinte de ce complexe religieux.

JPP : Il y avait les quartiers où résidaient les prêtres, les Lévites. Mais aussi, flanquant le temple, la forteresse romaine Antonia, dotée d’une forte garnison, pour garder un œil sur tout ce petit monde-là. Hérode avait son palais, non loin de là. Mais il s’était fait construire un accès privilégié, en hauteur, pour pouvoir se rendre directement au temple, sans avoir à se frayer un chemin dans la foule.

E & D : Il n’aimait pas les bains de foules ?

JPP : Ne jouissant pas d’une grande légitimité, et grand allié de Rome il était surtout soucieux de ne pas être assassiné. J’ai indiqué cela dans des cartes qui émaillent l’album. Aujourd’hui l’immense quadrilatère est devenu « l’esplanade des mosquées ». Les Musulmans ont même construit la mosquée d’Omar à l’endroit exact où se situait le Temple de Jérusalem, le Saint des Saints, ce lieu qui était interdit aux non-Juifs sous peine de mort. C’était la seule concession qu’Hérode avait accordé aux Juifs. Mais pour bien signifier l’allégeance à Rome, un aigle romain surplombait la porte du temple, ce qui pour les Juifs devait représenter une horreur absolue. Mais c’était ça, ou pas de temple du tout. Loin de chercher à converser avec les « docteurs de la loi », Jésus les insulte, remet leur légitimité en cause. Il n’a pas de mots assez durs pour les qualifier. La suite est alors logique. Le texte indique comment les dignitaires juifs, constituant le Sanhédrin, arrêtent Jésus et le livrent aux Romains en leur demandant de le mettre à mort, ce que leur statut de colonisés ne leur permet pas de faire. Le gouverneur, Ponce Pilate, voit l’agitation gagner la ville. Il se dit « il va falloir que je crucifie quelqu’un pour calmer cette foule ». Or il dispose de deux prisonniers, Jésus et un Zélote, un extrémiste qui a tué un soldat romain. Sachant que la coutume juive permet de gracier un homme, à l’occasion de la Pâques, il donne le choix au peuple.

E & D : le peuple fait son choix et Pilate « s’en lave les mains ».

JPP : Après la mort de leur leader, les disciples se débandent. Comme Judas s’est pendu, et que le chiffre douze doit conserver son caractère magique, ils procèdent à un tirage au sort pour trouver un douzième.

E & D : Dans cette tradition des Hébreux, on pense que dieu peut s’exprimer en influant sur les lois du hasard.

JPP : Quand le système théocratique hébreu se met en place, le Grand Prêtre, le sacrificateur en chef, porte autour du cou un sac de cuir, l’éphod, décoré par douze pierres précieuses. A l’intérieur, deux objets, qui n’ont hélas jamais été écrits nulle part, l’ourim et le toumim. Si on veut obtenir une réponse de dieu par oui ou par non, on renverse le sac. Si c’est l’ourim qui sort le premier, la réponse est oui. Si c’est le toumim, c’est non.

E & D : La version hébraïque du « pile ou face ».

JPP : Jésus ayant disparu, les apôtres, disciples, vont faire ressurgir les coutumes ancestrales. Pierre prêche la soumission, la joie d’être misérable.

E & D : Ce faisant, il reprend les mots du Christ dans son sermon sur la montagne : « Heureux ceux qui … ». Et vous terminez vos 550 pages en mettant en lumière le comportement de Paul, qui n’a jamais rencontré le Christ, mais opère une fantastique récupération à son profit. Pour vous, Paul est un gourou.

JPP : C’est comme cela que je le vois. Il viole les unes après les autres les idées christiques. Transféré par les Romains à Rome, pour lui permettre d’échapper à la vindicte des Juifs, il aménage la « pensée chrétienne » pour la rendre compatible avec le pouvoir autocratique. Alors des rois accepteront d’être baptisés, de faire allégeance à cette nouvelle hiérarchie religieuse, l’Eglise. Ce qui leur permettra de juger, de torturer, de pendre et d’exterminer à tour de bras, au nom de dieu (on se souvient du « tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens »).

E & D : Mais cette église, le Christ l’avait voulue, non ?

JPP : Ça se discute. Vous devez d’abord savoir que les textes bibliques, si on excepte le fait d’avoir retrouvé les rouleaux de la mer morte, écrit en araméen, une sorte d’hébreu ancien, ne nous sont parvenus que sous la forme d’une traduction réalisée en grec à Alexandrie par 70 lettrés. D’où son nom de septante. Dans un des quatre évangiles, celui de Mathieu, celui-ci fait dire au Christ, répondant à Pierre « tu es pierre et c’est sur cette pierre que je bâtirai mon église ».

E & D : Les choses sont dites clairement, non ?

JPP : Dans un seul des quatre évangiles. Dans la tradition hébraïque, la « pierre angulaire » est un symbole très fort. C’est à partir de celle-ci que la maison sera construite.

E & D : De nos jours, on parlerait de la symbolique de la « clé de voûte ».

JPP : Ça c’est un premier point. Le second est que église est le mot par lequel on a décidé de traduire le mot grec ecclésia, qui veut dire « assemblée du peuple ». On sait que par la suite les protestants ont contesté cette résurgence d’une copie presque à l’identique de la théocratie hébraïque, avec ses dignitaires, ses temples, la richesse.

E & D : Si on excepte que chez les Hébreux, la prêtrise était héréditaire.

JPP : A ce détail près. Mais ce que je vois, ce que je lis, c’est que Paul, qui était un pharisien, issu d’une famille fabriquant des tentes pour l’armée romaine, et possédait la double nationalité, juive et romaine (ce qui lui permit de sauver sa peau in extremis, quand il est reconnu par des Juifs, à son retour au Temple de Jérusalem), récupère cette pensée christique de manière peu brillante. Nombre des propos de Paul ou de Pierre, s’ils étaient lus en chaire, feraient s’enfuir les fidèles coudes au corps.

E & D : Qu’est-ce que vous retirez, au plan personnel, de cette expérience qui a consisté à écrire cet ouvrage ?

JPP : J’ai essayé de coller au texte, le plus fidèlement possible. En même temps que je le découvrais, j’ai eu à cœur de le rendre accessible au plus grand nombre. Je me suis aperçu au passage que nombre de gens qui se définissaient comme Chrétiens ou Juifs pratiquants ignoraient pratiquement les écrits sur lesquels leur foi était censée être basée.

E & D : Dans un face à face télévisé avec des religieux, vous pensez que vous tiendriez le route ?

JPP : Ça a déjà été le cas et je m’en suis toujours bien sorti.

E & D : Pour finir, êtes vous croyant ?

JPP : Personne ne peut se dire « non-croyant », car la pensée est un système organisé de croyances, et la science n’échappe pas à la règle, dont les croyances fondatrices s’appellent des axiomes, lesquels doivent quand même être révisés de temps à autre.

E & D : Vous ne répondez pas à ma question.

JPP : J’y répondrai autrement. Depuis quelques décennies, nous découvrons que la terre n’est définitivement pas le centre de l’univers. Le cosmos doit fourmiller d’êtres pensants, conscients. Comment Jérusalem, Le Vatican, la Mecque, Wall Street, la gare de Perpignan pourraient-ils prétendre être le centre de l’univers. Sommes-nous les êtres les plus évolués du cosmos ? L’univers est-il mû par les lois du hasard, suivant une « théorie du tout » ? Qu’est-ce que la conscience ? Qu’est-ce que ce phénomène paranormal que nous sommes tous appelés à connaître : la mort ? Je vous répondrai en vous disant que je crois .. que notre savoir est bien mince, c’est tout.

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