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mercredi 25 janvier 2017

Le principe du revenu universel dans «L’ULTIMATUM DES TREIZE JOURS»

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Quatrième de couverture du du livre L'ULTIMATUM DES TREIZE JOURS de Jan De Fast - Sur Témi, planète récemment intégrée dans la Fédération la mort s'est abattue sur un petit bourg. L'entière population a mystérieusement péri en un instant et l'autopsie est impuissante à déceler la cause de cette foudroyante épidémie. Seul indice: les visages des victimes reflètent une peur atroce, comme si elles avaient vu à la dernière seconde une chose effrayante, au point de les tuer. Un mouvement clandestin d'indépendance revendique l'acte et annonce que si ses exigences ne sont pas satisfaites dans un délai de treize jours, les six millions d'habitants d'une métropole subiront le même sort. Tragique menace que le docteur Alan va tenter d'écarter.Couverture du livre L'ULTIMATUM DES TREIZE JOURS de Jan De FastANTICIPATION

JAN DE FAST
L’ULTIMATUM DES TREIZE JOURS

Sur Témi, planète récemment intégrée dans la Fédération la mort s’est abattue sur un petit bourg. L’entière population a mystérieusement péri en un instant et l’autopsie est impuissante à déceler la cause de cette foudroyante épidémie. Seul indice : les visages des victimes reflètent une peur atroce, comme si elles avaient vu à la dernière seconde une chose effrayante, au point de les tuer. Un mouvement clandestin d’indépendance revendique l’acte et annonce que si ses exigences ne sont pas satisfaites dans un délai de treize jours, les six millions d’habitants d’une métropole subiront le même sort.
Tragique menace que le docteur Alan va tenter d’écarter.

(…)

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CHAPITRE VIII

La prédiction de l’Envoyé d’Alpha n’allait pas tarder à se réaliser. Le lendemain même — le dix-neuf juillet par conséquent. L’ennemi public numéro un avait su choisir son moment : l’heure de la pause méridienne au cours de l’un des trois jours ouvrables hebdomadaires — cet intervalle de récréation sur le lieu du travail était aussi celui de l’indice d’écoute maximum. Tous les émetteurs de tridi avaient simultanément reçu une copie de la proclamation et n’avaient pas manqué d’en faire un scoop retentissant.
L’ultimatum était clair et concis, sans recherche de grandiloquence comme sans fatras idéologique. La voix sans visage affirmait parler non seulement au nom du C.L.T. ainsi que des mouvements analogues de Worna et de Schaïn, mais aussi en celui de tous les opprimés végétant misérablement d’un bout à l’autre de la Fédération. Les milliards d’hommes et de femmes qu’un gouvernement élitaire croyait pouvoir anesthésier en leur assurant un minimum vital et en leur

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déniant par là même toute possibilité de réaliser leurs aspirations légitimes. Le droit à la paresse était l’opium annihilant les réactions du peuple et le contraignant à l’immobilisme végétatif. D’ailleurs ce qu’on lui donnait d’une main, on le reprenait de l’autre puisque cette prétendue générosité avait pour seul but de sauvegarder les rythmes de la production en maintenant le pouvoir d’achat de la masse des consommateurs. La société tout entière était devenue une vaste machine sans âme où des myriades de minuscules rouages tournaient stérilement et indéfiniment dans le même cercle aveugle sans jamais pouvoir s’en évader.
Cet état de choses devait cesser. Cet impitoyable asservissement à un système technocratique inhumain devait prendre fin. Chacun devait pouvoir vivre librement selon ses goûts, ses désirs, briser ses chaînes pour devenir enfin un être responsable, conscient de sa réalité et capable de prendre son essor vers un avenir meilleur. C’était l’auteur du message, le futur sauveur de l’humanité, qui les guiderait, les aiderait à construire ce monde qui leur appartiendrait et n’appartiendrait qu’à eux seuls.
La première libération serait celle de Témi. Entre autres raisons, cette planète avait été choisie pour les très hautes valeurs morales et intellectuelles de sa race originelle ; toutefois les buts de l’ancien C.L.T. avaient été élargis. Tous ceux, quelle que soit leur couleur, qui seraient prêts à participer à l’oeuvre commune, pourraient conti-

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nuer à y vivre et deviendraient citoyens à part entière. Les bras ne seraient jamais trop nombreux pour édifier la société nouvelle. Cette magnifique réussite servirait d’exemple et ne tarderait pas à s’étendre d’elle-même au reste de la Fédération.
Seulement, pour réussir cette mutation irréversible, les bonnes volontés, si nombreuses soient-elles, ne suffiraient pas. Il faudrait aussi disposer de puissants moyens matériels. Pour quelque temps encore, l’unique moteur capable de défricher le terrain où l’on sèmerait la récolte future serait l’argent. Sans lui, l’élan risquerait trop vite de s’épuiser, car il ne s’agissait pas seulement de détruire ce qui avait été, mais surtout de bâtir ce qui serait. Pour soutenir le zèle des maçons qui allaient y consacrer leurs efforts glorieux, le « Libérateur » exigeait la somme de dix millions de crédits.
C’était là que le discours devenait véritablement un ultimatum. Cette somme énorme, mais qui, selon lui, n’était qu’une bagatelle dérisoire pour les trusts multiplanétaires géants, devait être versée au plus tard le dernier jour du mois, soit le trente-deux mai à minuit. Elle serait virée à la Banque Centrale de Sirena sur le compte chiffré numéro 287 638 911. Sinon…
Sinon, les suppôts du capitalisme technocratique seraient seuls responsables de ce qui arriverait. « Souvenez-vous de Concorde ! Cette tragédie n’a eu lieu que parce qu’elle était absolument nécessaire. Nous devions démontrer aux yeux de

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tous la fantastique puissance de l’arme dont nous disposons. Démontrer aussi qu’il n’existe aucune protection contre elle. C’est en vain que vos savants ont tenté de découvrir sa nature réelle, ils n’ont pu que constater ses effets foudroyants sans pouvoir les comprendre ni les expliquer. Toute parade est impossible contre ce que l’on ne connaît pas, contre une mort atroce et terrifiante apportée par des fantômes immatériels qu’aucune barrière ne peut arrêter. Huit cents morts, huit cents victimes innocentes. Tel était le prix à payer pour permettre à des milliards de leurs semblables de vivre ! Sachez maintenant qu’il a suffi de quelques dizaines de grammes de ce que nous nommons le PV 837 pour anéantir toute vie dans ce bourg. Et songez maintenant à ce qui se passerait si nous répétions cette démonstration sur une grande échelle. Que nous multipliions seulement par cent le volume de la bombe — moins de deux litres par conséquent et le rayon d’action sera de quinze kilomètres au lieu de quinze cents mètres. Plus qu’il n’en faut pour tuer tous les habitants d’une grande métropole ! Or, non seulement nous en possédons bien davantage mais nous détenons l’inventeur de cette arme absolue et son secret est entre nos mains. Une cité, un continent, une planète, plusieurs même connaîtraient successivement le sort de Concorde — ne nous y contraignez pas ! Le prochain objectif est déjà déterminé et tout est prêt. Nous souhaitons ardemment que l’Univers ne découvre pas, au matin du premier juin, que l’orgueil égoïste d’une

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poignée de ploutocrates a causé la mort de millions d’êtres humains ! »
« Peuple de Terni, il te reste treize jours pour t’éveiller, prendre conscience de ta force et contraindre tes maîtres à obéir… »

(…)

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Syo s’empressa de solliciter quelques éclaircissements.
— Je vais vous paraître stupide, mais je sais que vous ne vous moquerez pas de moi, tandis qu’Audrey le ferait sûrement si elle était présente. Grâce à mon oncle, les problèmes matériels ne se sont jamais posés pour moi, si bien que je suis à peu près ignare dans le domaine fiduciaire. Que

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signifie exactement ce minimum vital garanti auquel il a été fait allusion ?
C’est à peu près ce que le « Libérateur » en a dit, répondit Alan. Voyez-vous, autrefois, l’industrie et le commerce étaient divisés entre d’innombrables groupes particuliers dont chacun tentait de se développer aux dépens des autres. Pour la simple fabrication d’un objet ou d’un produit courant, des centaines d’usines indépendantes les unes des autres affirmaient chacune être à la fois la meilleure et la moins chère alors qu’en réalité il n’y avait pratiquement aucune différence de qualité dans ce qu’elles proposaient au public. C’était ce que l’on nommait le jeu de la libre concurrence ; en fait une inutile dépense d’efforts et surtout un prix de revient trop élevé. On assistait à une lutte à mort où les plus faibles succombaient et où les plus forts n’arrivaient à tenir et se développer qu’à l’aide d’une incessante et coûteuse publicité. Ce système a été complètement abandonné du jour où l’on a pris conscience que, dans le domaine pharmaceutique par exemple, il était idiot de fabriquer cinquante remèdes identiques en composition et en efficacité mais vendus dans des emballages de formes et de couleurs différentes. Il était beaucoup plus intéressant de n’en sortir qu’un seul mais d’être certain qu’il serait acheté, et le meilleur moyen n’était-il pas de fournir aux clients potentiels l’argent nécessaire à cet achat ? Donner d’une main pour reprendre de l’autre, comme l’affirmait notre bonhomme tout à l’heure ? Plus simplement entretenir la rotation

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sans fin du cercle production-consommation. Et de façon nettement moins dispendieuse que l’ancienne méthode de la publicité qui consistait à dépenser des sommes énormes pour séduire et attirer le client. Cette publicité grevait le prix de revient de trente à quarante pour cent, la participation au minimum vital ne représente que vingt-cinq au maximum.
— Et si ce que vous appelez le « client potentiel » préfère thésauriser, se constituer petit à petit et gratuitement un capital en ne dépensant que juste ce qu’il lui faut pour ne pas mourir de faim au lieu de remettre le tout en circulation ?
— Ce serait la porte ouverte à l’inflation, bien sûr. Mais on a prévu ce risque. Sur chaque carte de paiement de chaque citoyen. La Banque d’Etat vire chaque mois un nombre de crédits correspondant à celui des jours de ce mois ; toutefois ce virement n’est valable que pendant cette période. Si au soir du dernier jour il subsiste un reliquat, celui-ci est automatiquement annulé — en conséquence, il serait vraiment stupide de ne pas profiter jusqu’au dernier cent de cette aubaine.
Ce minimum est attribué à tout le monde sans distinction ? Même à moi ?
— Naturellement. Le processus est automatique. Vous ne vous en êtes jamais aperçue parce que vous avez d’autres ressources par ailleurs, mais en réalité vous êtes à chaque instant plus riche de trente-deux crédits que vous ne le croyez. De trente-deux mais pas plus… Carlson aussi, et Dobrowolski, et moi ; l’ordinateur de la Banque

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d’Etat ne fait aucune différence. Tant mieux pour lui si nous ne nous en servons pas, mais sait-on jamais ?
— Un crédit par jour ? Je ne me rends pas très bien compte…
— C’est en fait la définition même de cette unité fiduciaire. Elle correspond à la base normale des besoins d’un individu. La nourriture et aussi la boisson — en quantités raisonnables bien sûr… Le logement et son entretien, l’amortissement des équipements ménagers courants, tridi comprise. Les vêtements et le linge, calculés selon leur durée moyenne d’utilisation : un soixantième de la valeur d’une paire de chaussures ou un quatre-vingt-dixième de celle d’une robe ou d’un manteau par exemple — étant donné que leur paiement s’effectuera à tempérament sur les deux ou trois mois correspondants. Les distractions aussi, elles sont indispensables à l’équilibre. Bref, le crédit représente le total de tout ce qui permet à un être humain de vivre normalement et décemment pendant vingt-quatre heures.
— Sans travailler, donc sans se rendre utile à la société !
— Le travail au sens pénible du mot est l’affaire des machines. Préféreriez-vous vraiment qu’elles soient démolies pour être remplacées par des esclaves comme au bon vieux temps ? Retourner le sol à la bêche, forer au pic les galeries de mines, forger le métal au marteau sur une enclume ? Belle « libération » que celle qui consiste à contraindre l’homme à peiner de l’aube

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au crépuscule pour gagner son pain ! Ou alors, puisque le progrès technique a pour conséquence qu’il n’y a plus assez de travail pour tous, nous devrions en déduire que tous ceux qui n’ont pas la chance d’en avoir devraient être purement et simplement supprimés ? Les trois quarts de la population n’auraient pas le droit de vivre parce que des machines-outils automatiques les ont remplacés ?
— Evidemment non, Alan ! Ce n’est pas ce que je voulais dire.
— Je le sais bien. Seulement il demeure encore au fond de notre inconscient quelques bribes ataviques de cette légende périmée selon laquelle le travail honore l’homme. Légende inventée et imposée par ceux qui en profitaient pour s’enrichir et prendre sans remords le plaisir qu’ils déniaient aux autres. Pendant très longtemps, on a refusé de comprendre le véritable sens de la révolution industrielle : remplacer les esclaves humains par des esclaves mécaniques et ainsi libérer l’homme. Quand enfin il est devenu impossible de continuer à nier ce fait, il ne restait plus qu’une solution équitable : faire en sorte que tous, quel que soit leur nombre, bénéficient de ce remplacement du muscle par le moteur et du cerveau par l’ordinateur. Le corollaire obligatoire était que l’argent cesse d’avoir une valeur par lui-même — que l’argent puisse fabriquer de l’argent alors qu’en réalité il n’est qu’un symbole sans aucune valeur intrinsèque. Revenir une fois pour toutes au cycle essentiel production-consomma-

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tion : un cycle qui mérite véritablement le qualificatif d’écologique. L’herbe de la prairie nourrit le ruminant, les déjections fertilisent le sol et permettent à l’herbe de repousser. Essayez donc de remplacer l’herbe ou la bouse par des billets de banque ou des actions de société anonyme ! Ni le végétal ni l’animal ne peuvent vivre l’un sans l’autre, ils vivent l’un par l’autre. L’usine-vache défèque les trente crédits mensuels qu’elle retrouve ensuite en apport nutritif ; mais il est également possible d’inverser les termes de cette équation et de dire que c’est le fourrage qui cède une partie de sa substance en échange de l’engrais qu’il va recevoir. Affirmeriez-vous que si une partie de la prairie n’a pas été broutée et qu’elle s’est contentée de fleurir paisiblement et sans effort, elle est inutile et doit être rasée ? Elle aussi avait le droit de vivre. Si elle n’a pas servi de nourriture, elle aura au moins eu une chance d’embellir le paysage par ses corolles. C’est la matérialisation de son droit le plus imprescriptible. Le droit d’exister.
— Je crois que j’ai compris. Je prends aussi conscience de ce que signifie réellement cette somme de dix millions de crédits. Si le criminel dément qui a enlevé mon oncle gardait cette rançon pour lui, il aurait de quoi vivre pendant… pendant…
— Pendant plus de vingt-sept mille ans. Mettons seulement trois millénaires s’il veut mener une vie fastueuse. Il pourra même se permettre de soulager quelques infortunes…

(…)

Collection Fleuve Noir Anticipation N°967
ISBN 2-265-01230-0
1980

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